XXXVI – la question

XXXVI

au début il y avait la question
mère des angoisses, du cours de la vie de...
me hante tourmente
assèche mes yeux le soir elle me berce amèrement
comment y répondre
chaque fois qu’elle résonne ses échos
s’entrechoquent lourdement entre les battements de mon coeur
les questionnent et pourquoi 
poursuivent-ils leur course aujourd’hui encore et vers quoi donc

partout elle me coupe du monde

toujours le début de la fuite j’aimerais savoir vous dire comme...
et comme elle me prive des gens qui m’aiment
ils se perdent dans la question
engloutis à jamais perdus je fais le deuil
des gens que la question m’a pris
ce n'est qu'une question de
temps quand finirai-je

seule	

et la question règne
ne me laisse jamais le choix
je dois te quitter toi aussi si tu savais
comme cela me peine
seulement tu as posé la question
c’est la règle et je dois la laisser t’emporter

alors je t’offre un bouquet de regrets
un petit quelque chose 
dans l’espoir que tu ne m’oublies pas trop vite
et je me penche sur ta joue pâle inconsciente
où la lune danse se réfugie dans tes cheveux,
caressés d’étoiles et de brume qui rêve
je te murmure une dernière fois que je t’aime
je pars et je laisse dans ton rire un peu
de souvenirs oubliés
je pars et j’emporte une âme
de plus en plus diminuée

et une fois de plus je maudis la question
qui me prend tous ceux que j’aime
et je maudis ma chimère qui s'aggripe à ma poitrine
s’est logée au creux de mes intestins
bien installée prête à rester à jamais
et une fois encore je me tapis dans l’ombre
à la recherche d’un peu de répit
je me cache du regard du monde
mais elle est dans mon coeur mon cerveau elle emplit la vie
et mes angoisses diurnes nocturnes me soupirent 
un avenir de vide et de bouquets d’adieux

12/03/21

XVII

XVII

à quoi servent donc bien mes livres si je ne peux pas te les montrer
mes connaissances l’intelligence ces sillons sinueux dans la chair de mon cerveau
se gâtent se flétrissent mon cerveau se lisse

et quand mon cœur malade trouvera quelqu’un d’autre à impressionner
il n’y aura plus matière à je serais déjà bien vidée
mes ambitions mes projets mes espoirs Tous risibles

tout sonne faux depuis que tu es parti
je parle littéralement et je sais bien que ça n’est que coïncidence
c’est pourtant une jolie ironie
un rond de danse et de folie

11/08/20

XIV

XIV

la simplicité de la vie m’a sauvée
j’ai passé des années à me torturer

mais le sens de la vie c’est que la vie n’a pas de sens
et c’est bien en ça que réside sa beauté
le sens de la vie c’est la vie
c’est les éclosions de vos rires
la chaleur de mon café
c’est les feuilles d’automne
et la neige en été

 


Juin

VIII

VIII

quand j’ai ouvert les yeux
les lumières étaient comme des feux d’artifices
et le ciel un océan de poésie
les fleurs ont fleuri sous mes pas
ah c’est si niais
de la poésie au rabais


8/01/20

XXIV

XXIV

parfois je me demande
y a-t-il des gens qui n’ont jamais voulu mourir
une recette du bonheur éternel
qu’ils gardent jalousement
égocentriquement

et en faisant leurs comptes trouvent-ils
un bilan positif et plus de bonheur
que de mélancolie et de douleur
dis-moi ces gens-là ont-ils peur de la mort
comme j’ai peur de la vie et de la mort
et veulent-ils vivre comme je veux
vivre et mourir à la fois
ces gens voient-ils la mort comme
un fardeau inévitable jamais comme
ce salut et ce repos et s’il vous plait laissez-moi
dormir au fond de la mer des algues entrelacées
dans mes doigts et mes doigts de pieds
mon cœur sera salé il y aura
des coquillages dans mes cheveux
du sable sous mes ongles et entre les lignes de ma main
turquoise ambrée les ténèbres mouvantes
me recueilleront au fond de leurs crevasses intriquées
me protégeront de la vie et me laisseront
enfin enfin enfin
dormir au fond de mes rêves épuisés

16/10/20

XXI

130962429_3410195945745486_7651386022618761078_n

XXI

les myosotis chantent dans tes bras
leurs têtes se mêlent dans le vent
ils valsent au rythme de la vie
et colorent les roches de leur tristesse sans pareille

les myosotis chantent dans mes bras
et je les lance au ciel ils se dissolvent dans l’azur
les myosotis sont partis leur chant s’évanouit
ils laissent derrière eux un peu de leur mélancolie

25/09/20

dessin d’après une aquarelle par Helen Sharp (1895)